Comment la réalité virtuelle peut aider les ONG à lever des fonds

L'ONG Action contre la faim utilise la réalité virtuelle pour faire vivre à ses donateurs les risques de la vie des humanitaires sur le terrain.

Au volant de la Jeep, j’avance sur une piste chaotique, tracée au milieu de la savane. Soudain un checkpoint. Deux soldats m’interdisent d’aller au-delà. Pourtant je suis attendu au village tout proche pour distribuer des aliments et des médicaments à la population. Je tends mon laissez-passer au soldat, il en discute avec son chef. Après quelques minutes de négociations, la barrière s’ouvre enfin et je peux continuer ma route.

Arrivé au village, je me rends au centre de santé pour réaliser un parcours de santé sur un petit garçon : prise de poids, mesure du tour de bras, etc. L’infirmier de garde me tend les instruments et la feuille où inscrire les résultats. Lorsque j’ai fini, des tirs résonnent dans le lointain. Les rebelles s’apprêtent à attaquer le village.

Du vécu ? Presque. L’ONG Action contre la faim expérimente un nouveau moyen pour améliorer ses techniques de levées de fonds : la réalité virtuelle. Concrètement, il s’agit de deux vidéos, deux mises en situation basées sur des histoires réelles vécus par les collaborateurs d’Action contre la faim : un trajet dans un pays que l’on devine en Afrique centrale, sans plus de précisions pour raisons de sécurité, et un parcours de soin.

Dans la peau d’un humanitaire

Muni d’un casque audio et vidéo, le donateur potentiel se glisse donc dans la peau d’un humanitaire, en immersion sur le terrain. Tout au long du chemin, il mesure les risques des missions : checkpoints, bakchichs, menaces, omniprésence des armes… Il doit prendre des décisions, négocier, etc. Enfin parvenu au village, il doit s’occuper des patients, alors que le conflit fait rage dans les alentours.

Pour l’ONG française, c’est une première. « La problématique de la faim est une cause lointaine et abstraite, les gens ne réalisent pas ce qu’elle signifie sur le terrain, explique Charlie Nerzic, coordinateur de la communication digitale d’Action contre la faim. Cette expérience de réalité virtuelle a donc deux objectifs : sensibiliser le public sur les conditions de travail des humanitaires, monter comment ils peuvent être empêchés de faire leur travail sur place ; améliorer les levées de fonds en développant des campagnes plus efficaces de street marketing, dans la rue et les centres commerciaux. »

Quelques rappels sur la faim dans le monde : en 2017, 821 millions de personnes souffraient de la faim, un nombre en augmentation constante depuis trois ans. Six personnes sous-alimentées sur dix vivent dans des pays en conflit, où l’accès la nourriture est rendu très difficile à cause de la présence de groupes armés. Action contre la faim vient en aide à 20 millions de personnes.

 

Les deux vidéos en réalité virtuelle d’Action contre la faim sur Youtube