Le premier atlas des conflits environnementaux

Les conflits liés à l'environnement se multiplient dans le monde. Le premier atlas de la justice environnementale les recense.

De la crise environnementale, on connaît surtout les dégâts, largement médiatisés : fonte des glaces polaires, biodiversité en voie de disparition, catastrophes naturelles et chimiques…

Ce qu’on sait moins, c’est que la dégradation de l’environnement provoque des conflits de plus en plus nombreux entre les populations locales, les mouvements écologistes, les gouvernements et les entreprises privées.

Une équipe de l’Institut des sciences et technologies de l’environnement de l’Université autonome de Barcelone vient de sortir le premier Atlas de la justice environnementale (EJAtlas). Cet Atlas fait l’inventaire des conflits liés à l’environnement dans le monde, avec pour chacun d’eux une fiche descriptive des intérêts en présence et une chronologie des événements.

À ce jour, 2500 conflits sont recensés, dont en France Notre-Dame-des-Landes, Bure et le Triangle de Gonesse. Certains sont mortels : fin mai, treize opposants à l’extension d’une fonderie de cuivre dans le sud de l’Inde qui menaçait l’air et les nappes phréatiques ont été tués par la police. Les États qui concentrent le plus grand nombre de conflits sont l’Inde (271), la Colombie (128), le Brésil (101) et les Etats-Unis (94).

Bref tour d’horizon des principaux conflits classés par catégorie.

 

Accaparement des terres – plus de 600 conflits

Le phénomène d’accaparement des terres (land grabbing en anglais) s’est accéléré depuis une décennie. La moitié des acquisitions se font en Afrique, 20 % dans la région Pacifique-Asie de l’Est, et le reste en Europe, en Asie centrale et en Amérique latine. La France n’est pas épargnée : en 2016, des investisseurs chinois ont acquis, en toute légalité, 1700 ha de terre agricole dans le Val de Loire.

Les acquéreurs sont des investisseurs privés ou des États (Arabie saoudite, Corée du Sud, Qatar, Chine). Problème : l’accaparement entraîne souvent l’expulsion des populations autochtones et la destruction de l’environnement.

Parmi les pays qui comptent les conflits liés à l’accaparement des terres, figurent ceux qui produisent de l’huile de palme : Honduras, Indonésie, Malaisie.

Énergies renouvelables – 31 conflits liés à l’éolien, 326 aux infrastructures hydrauliques

Les énergies renouvelables (éolien, solaire et hydraulique) sont nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais les installations entrent en conflit avec les autres usages des sols. Les projets hydrauliques, en particulier, peuvent avoir des effets secondaires non négligeables sur l’environnement (émissions de méthane, érosion accélérée des sols). Ce qui explique l’opposition virulente aux projets de méga-barrages dans l’Himalaya, dans le bassin de l’Amazone, dans les Balkans, en Afrique. Au Mexique, au Kenya, en Inde, des communautés s’opposent aux champs d’éoliennes.

Exploitation minière – 270 conflits

Les projets de mines utilisent de grandes quantités d’eau et provoquent une pollution chimique massive des sols. Les conflits sont concentrés dans les pays d’Amérique latine et d’Afrique de l’Ouest (bauxite et fer en Guinée, or au Burkina Faso, au Sénégal et au Ghana).

Exploitation des énergies fossiles – 178 conflits

Confrontée au déclin de ses réserves, l’industrie pétrolière exploite des énergies fossiles non conventionnelles, en Arctique et dans les profondeurs océaniques. Mais les techniques d’exploitation sont dévastatrices pour les écosystèmes sous-marins, l’activité sismique et le réchauffement climatique.

Le mouvement Blockadia rassemble tous les mouvements qui s’opposent à l’exploitation des énergies fossiles non-conventionnelles. Il demande un moratoire sur les forages offshore, l’interdiction du fracking, l’arrêt des gazoducs, etc.

Gestion des déchets – 126 conflits

L’opposition aux projets de gestion des déchets les plus polluants s’est regroupée en plusieurs grands réseaux. GAIA, l’Alliance mondiale pour les alternatives aux incinérateurs, rassemble les opposants aux incinérateurs. Le Basel Action Network veut freiner le flux des déchets dangereux, comme les déchets électroniques, des pays riches vers les plus pauvres. L’Alliance mondiale des collecteurs de déchets défend le secteur du recyclage informel dans plus de 28 pays et s’oppose à la privatisation de la gestion des déchets, en particulier l’incinération.

Mafias du sable – 82 conflits

L’exploitation des mines de sables génère dix fois plus de valeur que tous les trafics d’espèces vivantes. Il faut dire qu’à cause de l’urbanisation galopante, la demande de sable explose. Les mines de sable créent des tensions sur les plages d’Inde, mais aussi dans les rivières himalayennes. Ces conflits ont déjà provoqué plusieurs centaines de morts.

Surpêche – 77 conflits

La pêche industrielle entraîne l’effondrement des réserves halieutiques, voire l’extinction de certaines espèces. Les populations autochtones qui vivent de la pêche réclament un droit d’accès et de contrôle sur les eaux communes. Le Forum mondial des populations de pêcheurs et le Forum mondial des pêcheurs et travailleurs de la pêche veulent mettre fin aux inégalités du secteur, comme en Turquie ou au Chili, ainsi qu’aux projets d’extension de ports en Inde et aux industries polluantes en Équateur.

Industries en Chine – 76 conflits

En Chine, des mouvements environnementaux s’opposent à la fabrication du Paraxylène, un produit hautement inflammable issu de la pétrochimie, utilisé pour produire du polyester. Après l’annulation d’un projet d’usine à Xiamen, la contestation s’est étendue à d’autres secteurs, incinérateurs, eaux usées, centrales à charbon, etc. à Dalian, Chengdu, Shanghai et ailleurs.

Centrales nucléaires – 57 conflits

Certains grands projets ont été annulés sous la pression des protestations (Creys-Malville en France, Kalkar en Allemagne, Monju au Japon), et d’autres sont très contestés, comme Kalpakkam en Inde.

Utilisation des pesticides – 23 conflits

Malgré leur impact sur l’environnement et la santé, l’utilisation des pesticides s’accélère, notamment dans les pays en voie de développement. Mais la mobilisation pour exiger leur interdiction a souvent lieu trop tard, quand leurs effets sont devenus irréversibles. En Argentine, la mobilisation monte contre l’utilisation du glyphosate dans la production du soja. En Asie, en Afrique, en Amérique latine, les conflits portent sur l’utilisation d’un nématicide pour tuer les vers qui menacent les bananeraies.

 

Explorez les conflits environnementaux dans l’Atlas de la justice environnementale.
En savoir plus sur le site de The Conversation.