Un rapport de la Croix rouge dénonce le « Nouvel ordre fortifié »

Les pays d'Europe érigent de nouveaux murs le long de leurs frontières. Leurs premières victimes : les enfants et les personnes âgées, qui ne peuvent accéder aux services de base.

Plusieurs pays d’Europe ont inscrit dans la loi le « délit de solidarité » pour restreindre l’aide aux migrants qui en ont besoin. Mais ce « délit » met des vies en danger et risque de repousser de cent ans en arrière le droit  humanitaire.

D’après un nouveau rapport de la Fédération internationale de la Croix rouge et des sociétés du Croissant rouge (IFRC), les migrants du monde entier sont confrontés à un « nouvel ordre fortifié ». Petit à petit, des murs et des barrières s’élèvent pour les empêcher d’accéder aux services de base indispensables. Les premières victimes en sont les enfants et les personnes âgées.

L’IFRC prévient que lorsque la loi empêche les ONG d’aider les gens dans le besoin, elle risque d’anéantir un siècle de progrès. Elle critique les discours politiques toxiques, qui accusent les ONG de sauvetage des migrants d’être complices des passeurs et de mettre des vies en danger.

Un siècle de progrès mis en danger

Les politiques nationales de contrôle migratoire et l’opposition grandissante aux opérations sauvetage, notamment en Méditerranée, remettent en question le soutien aux personnes vulnérables.

Dans son nouveau rapport, New Walled Order: How barriers to basic services turn migration into a humanitarian crisis (Un nouvel ordre fortifié : Comment les barrières aux services de base transforme les migrations en crise humanitaire), l’IFRC appelle les gouvernements à mettre en place une protection étanche entre les services publics et les polices de l’immigration. Ils doivent aussi abroger les lois qui obligent les services de santé à signaler le statut migratoire de ceux qu’ils traitent.

Francesco Rocca, le président de l’IFRC, déplore : « Le délit de solidarité est très inquiétant. Il est faux de penser qu’une assistance humanitaire de base ou le sauvetage de personnes en mer créent des appels d’air. Les gens qui décident de migrer le font pour des raisons bien plus graves. »

Il dénonce le discours néfaste sur les navires de sauvetage des ONG en Méditerranée, un discours qui finit par imprégner tout le débat nécessaire sur les migrations. « Ces navires n’ont rien à voir avec la politique migratoire. Ils sauvent des vies et leur image devrait être protégée. »

« Toutes les personnes, quel que soit leur statut migratoire, devraient avoir accès à des services de base et à une assistance humanitaire. Maltraiter les gens ne sert à rien, et n’améliore certainement pas le contrôle des frontières. Leur interdire l’accès à une nourriture adéquate, à des soins de base et à une bonne connaissance des droits individuels est totalement inacceptable. »

Peur d’être arrêté et déporté

Les migrants sont trop souvent bloqués par la peur bien fondée qu’ils risquent d’être arrêtés, détenus et déportés, indique le rapport de l’IFRC. C’est notamment le cas lorsque les lois exigent le partage des informations avec les forces de police.

La publication du rapport intervient juste avant le premier tour de négociations du Pacte mondial des Nations Unies pour les migrations. Il contient de nombreux exemples de « criminalisation » d’individus ou d’organisations qui apportent une assistance humanitaire.

Parmi ces exemples : la maire de Calais a interdit en 2017 les rassemblements « prolongés et répétés » sur le site du camp de réfugiés de Calais, rendant illégale la distribution de nourriture.

Le nouveau gouvernement italien a établi des règles sur les opérations de sauvetage en mer. Ces règles visent à limiter l’activité des organisations de secours dans les eaux libyennes.

En Angleterre, le gouvernement a mis en œuvre une politique d’« environnement hostile ». Cette politique prévoit que les migrants doivent justifier de leur statut migratoire pour bénéficier des services de santé. Elle a été très critiquée après le scandale Windrush (des Anglais d’origine antillaise qui vivaient en Angleterre depuis plusieurs décennies se sont vus refuser des soins et ont été menacés de déportation).

 

Le rapport complet (en anglais) est disponible sur le site de l’IFRC.