Comment mieux prévenir le risque inondation

Visuel risque inondation

Avec l’aggravation du changement climatique, la prévention du risque inondation doit gagner en efficacité. Pour cela, elle doit inclure la société civile, et mieux utiliser les solutions fondées sur la nature et les outils d’intelligence collective.

En 2002, la République tchèque et le nord de l’Allemagne étaient noyés par l’Elbe et ses affluents. Bilan : 7 milliards d’euros de dégâts. Rebelote dix ans plus tard, avec des inondations encore plus dévastatrices. En France, en 2016, les crues de la Seine et du Loing ont ravagé de nombreux villes et villages d’Île-de-France.

Ces événements météorologiques risquent d’être plus fréquents à l’avenir sous l’effet du changement climatique. Comment les villes vont-elles s’adapter ? Quelles nouvelles solutions permettent de prévenir les risques ? Comment les assureurs peuvent-ils aider leurs clients à mieux se protéger ?

Ces questions étaient discutées lors d’une rencontre organisée vendredi 8 décembre au Beeotop par le réseau European Rivers Network (ERN) France, en partenariat avec la Commission Mixte Inondation et le ministère de la Transition écologique et solidaire. Les débats étaient animés par Roberto Epple, président de SOS Loire Vivante – ERN France.

Solutions fondées sur la nature

Pour mieux appréhender les risques d’inondation, les responsables de la gestion des fleuves et rivières prennent en compte les Solutions fondées sur la nature (SfN), telles que les préconise l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

En quoi consistent les SfN ? Pauline Teillac-Deschamps, chargée de programmes Écosystèmes à l’UICN Comité France, en a rappelé la définition officielle : ces solutions visent à « protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les enjeux de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité. »

Exemple type des services rendus par les SfN aux écosystèmes : la préservation des zones humides. Très utile pour atténuer les effets du changement climatique, elle fait l’objet d’un guide publié par l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) Seine Grands Lacs, et présenté par Pascal Goujard, directeur de l’appui aux territoires à l’EPTB.

L’Agence de l’Eau Seine Normandie, dans le cadre de sa mission d’adaptation au changement climatique pour l’ensemble du bassin de la Seine, a mis au point une stratégie foncière d’aménagement de ces zones, décrite par Sarah Feuillette, responsable évaluation prospective et développement durable à l’Agence.

Plus globalement, l’État, via la Commission mixte inondation (CMI) et le Fonds Barnier (prévention des risques naturels majeurs), soutient les initiatives et les projets d’aménagement qui permettent de réduire la vulnérabilité des territoires au risque inondation. Parmi ces solutions : les Zones d’expansion des crues (ZEC) réduisent les impacts des catastrophes naturelles en ralentissant les inondations, comme l’a rappelé Thierry Hubert, du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Quand la gouvernance s’ouvre à la société civile

L’expérience montre que les SfN réussissent mieux lorsque la gouvernance des bassins associe la société civile à ses réflexion et à ses prises de décision.

La preuve à Gif-sur-Yvette, où l’Yvette a retrouvé une nouvelle dynamique fluviale grâce à des travaux d’aménagement. Mais si le projet a réussi, c’est aussi grâce à « l’ingénierie sociale » appliquée à la situation, comme l’a expliqué Jérôme Rozanski, chef de service milieux naturels au Syndicat de l’Yvette (SIAHVY).

À la suite d’inondations en 2007, le SIAHVY avait mené une réflexion sur la restauration de la continuité écologique de la rivière, à laquelle avaient participé les institutions publiques et les organisations écologiques locales. Au bout d’une longue phase de négociations, tous ces acteurs étaient parvenus à un consensus sur les solutions.

À l’inverse, les mésaventures de la commune de Maule, dans les Yvelines, illustrent les difficultés du dialogue entre les associations et les autorités publiques. Entre 2001 et 2016, Maule a connu trois crues décennales, a rappelé Marc Rémond, représentant de France Nature Environnement en Ile-de-France (FNE Yvelines). La dernière crue a révélé les incohérences de la gouvernance de la prévention des risques naturels, l’inadaptation du dispositif d’alerte du bassin versant et l’absence de solidarité amont-aval.

En 2017, une enquête publique a été menée sur l’aménagement de la rivière et de ses affluents. FNE Ile-de-France a émis plusieurs avis, mais le commissaire enquêteur leur a préféré des solutions écologiquement contestables.

Rencontre European Rivers Network France le 8 décembre au Beeotop. © Alexis Pasquet

L’intelligence collective au service de la gestion des risques

La gestion des risques naturels implique aussi les assureurs. Depuis 3 ans, Generali France a monté une équipe pluridisciplinaire, la Mission Climat. Objectif : enrichir la vision des actuaires avec celles des géographes, des hydrologues et des climatologues.

Comme l’a expliqué Laurent Boissier, géographe de formation et responsable auprès de la Mission Climat, cette entité étudie notamment les nouveaux risques climatiques qui pèsent sur la zone méditerranéenne, où Generali est historiquement implanté : « médicanes » (tempêtes de type cyclone dans le bassin méditerranéen), submersion marine, sécheresse et feux de forêt. Les travaux de la Mission Climat apportent une connaissance plus fine du territoire et de ses enjeux, ainsi qu’une meilleure analyse de la vulnérabilité des clients de Generali.

Enfin, Generali France est membre de l’association Mission risques naturels, fondée en l’an 2000, qui réunit l’ensemble des professionnels de l’assurance. Au-delà de la concurrence entre acteurs du même secteur d’activité, cette association fonctionne sur un mode coopératif et collégial. Jouant la carte du partage et de la mutualisation, elle finance des recherches sur l’efficacité des plans de prévention des risques et l’amélioration de la reconstruction à partir des données des assurances.

Une prévention plus efficace du risque inondation profite donc des apports de l’intelligence collective. Elle se nourrit de la recherche et de l’innovation, mais aussi d’une gouvernance cohérente et du dialogue entre toutes les parties prenantes. Pour le plus grand bénéfice de la biodiversité et de l’humanité.

Les solutions fondées sur la nature expliquées dans une vidéo (en anglais)

Nature-based solutions to climate change

Unlocking the power of nature-based solutions to #climatechange.#COP22

Publié par IUCN sur mercredi 16 novembre 2016

 

 

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