Ces héros méconnus de la protection de la nature

Ils risquent leur vie tous les jours pour défendre la nature contre les intérêts des multinationales. Découvrez ces défenseurs peu connus de l'environnement.

Chacune des histoires qui suivent est une leçon de courage et une tragédie. Mais prises dans leur ensemble, elles racontent une nature en prise avec des violences de plus en plus graves.

Les neuf personnes de cette série risquent leur vie pour défendre l’environnement dans quelques-unes des régions les plus isolées de la planète, et dévastées par des conflits.

Du Triangle de Corail, une région de l’océan Pacifique entre la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines et les Îles Salomon, au fleuve Amazone en passant par la savane d’Afrique de l’Ouest et la Sierra Madre, au Mexique, ces héros de l’environnement sont à l’avant-garde d’une bataille entre écologistes et industriels. Une bataille qui devient plus intense au fur et à mesure que les ressources naturelles s’épuisent.

Ils résistent aux multinationales des matières premières, productrices de café, d’huile de palme, de poisson et des métaux de nos appareils électroniques (titanium, aluminium et cuivre).

Ces industries financent les campagnes d’une nouvelle génération d’hommes forts : Rodrigo Duterte aux Philippines, Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, Donald Trump aux Etats-Unis et Jair Bolsonaro au Brésil. Tous ces hommes forts se sont engagés à réduire les protections réclamées par les militants écologistes pour résister aux mines et aux usines.

La majorité de ces militants vient de groupes indigènes et de communautés en marge de la société. Ils sont aussi les gardiens de la biodiversité et de la stabilité du climat.

Impunité pour les corrompus

Malgré les risques, tous sont déterminés à se battre pour leur cause. Certains vivent protégés par des gardes du corps. Ils sont souvent poursuivis en justice, dénoncés comme terroristes ou comme ennemis du développement. Mais des membres de leur famille et certains de leurs amis sont régulièrement tués ou arrêtés.

L’impunité reste le problème majeur. Ils sont souvent privés de leurs droits par des politiciens corrompus. Quand ils résistent, ils sont poursuivis en justice. Quand ils sont tués, personne n’est puni. Ces meurtres sont exécutés par les forces de sécurité gouvernementales, en particulier aux Philippines, ou par des gangs, comme en Amérique latine.

L’année dernière, 207 d’entre eux ont été assassinés, selon le décompte de l’ONG Global Witness. C’est un record. Au cours des douze derniers mois, le quotidien britannique The Guardian leur a rendu hommage, avec des illustrations du photographe Thom Pierce.

« Ces 207 militants ne manquaient pas de courage pour défendre leurs droits et protéger l’environnement. Leur assassinat est une accusation accablante de notre mode de vie, regrette Ben Leather, militant à Global Witness. Les gouvernements et les entreprises placent leurs profits avant les gens. À nous de les mettre face à leurs responsabilités. »

Apartheid pour les indigènes

Les chiffres les plus mauvais viennent des régions dotées de la plus grande diversité naturelle et ethnique : Brésil, Philippines, Colombie, République démocratique du Congo, Mexique.

« C’est quasiment l’apartheid. Les peuples indigènes sont traités comme des moins-que-rien, s’indigne Victoria Tuali-Corpuz, rapporteure spéciale de l’ONU sur les droits des indigènes, et accusée de terrorisme dans son propre pays, les Philippines. Nous ne pouvons plus laisser les choses continuer ainsi, car ces militants risquent de disparaître, et de laisser le champ libre aux industriels. »

Ces conflits de basse intensité font rarement la une des médias, parce qu’ils ne sont pas binaires, ils ne menacent pas le statu quo, et ils impliquent les autorités locales et les entreprises.

Les militants de l’environnement exhortent les consommateurs occidentaux à mieux lire les étiquettes des produits qu’ils achètent, et à boycotter les entreprises qui soutiennent la violence. Au-delà, ils se battent pour plus de responsabilité et de transparence, et des régulations plus strictes dans les entreprises.

Ils veulent aussi une meilleure exposition internationale et plus de solidarité dans cette ultime série de batailles pour protéger la nature.

 

« Dieu veut que tu te bouges » : dans le Triangle du Corail, appliquer les lois de protection de la nature : Robert Chan risque sa vie pour stopper les braconniers et les promoteurs qui détruisent la biodiversité marine aux Philippines.

« Tu n’échapperas pas à la mort » : en Ouganda, être menacé par des braconniers : Le gardien de parc Samuel Loware risque en permanence d’être assassiné, parce qu’il défend la vie sauvage contre les guérillas armées.

« Nous sommes devenus des gardiens » : en Turquie, défendre les forêts : Alors qu’ils s’apprêtaient à abandonner leurs combats, Birhan Erkutlu et Tuğba Günal poursuivent leurs campagnes de protection des rivières et des forêts contre les projets de barrages en Turquie.

« Un tueur à gages pourrait me tuer » : au Mexique, lutter pour le droit à la terre des indigènes : Isela Gonzalez, infirmière devenue militante, vit avec des gardes du corps en permanence car elle se bat contre des intérêts économiques destructeurs

« Je m’occupe des corps » : aux Philippines, faire face à une attaque de l’armée : Des villageois ont été assassinés dans un conflit entre une communauté indigène et une plantation de café

« Ils devraient être emprisonnés » : au Brésil, se battre contre une méga fonderie d’aluminium : Au Brésil, Maria do Socoro Silva coordonne les peuples de la forêt amazonienne dans leur lutte contre l’accaparement des terres, la corruption et la pollution

« C’est le dernier espoir » : en Colombie, survivre à la mort de son père assassiné : Ramón Bedoya raconte que son père, un militant de la terre, a été assassiné par des groupes paramilitaires liés à l’agribusiness et aux narcotrafiquants, qui ont pris la place des rebelles FARC

« Je remercie Dieu d’être encore en vie » : en Afrique du Sud, rester ferme contre l’industrie minière : Nonhle Mbuthuma se bat pour le droit de sa communauté à refuser l’exploitation de leur territoire dans un reste de l’époque de l’Apartheid

« Nous n’avions aucune volonté d’être violents » : en Inde, faire campagne contre une usine toxique, au prix de la vie : La campagne très ancienne de Fatima Babu contre une fonderie de cuivre toxique au Tamil Nadu prouve que le prix de la victoire était trop élevé

Le rapport annuel de l’ONG Global Witness.