« Les entrepreneurs réfugiés réussissent plus vite que les autres »

Inclusion et entrepreneuriat des réfugiés : c'est le job de Singa France

Quand un réfugié débarque en France, il n’a pas seulement besoin qu’on l’aide à remplir ses papiers. Il doit aussi trouver un logement et un emploi. Et pour ça, rien ne vaut un solide réseau de connaissances.

Pour développer ces réseaux, Singa, partenaire de The Human Safety Net, multiplie les occasions de rencontre entre réfugiés et sociétés d’accueil. En 6 ans, ce mouvement d’entrepreneurs sociaux s’est implanté dans 14 villes du monde, et sa communauté comprend 25000 membres dont 3000 personnes réfugiées. Une méthodologie d’innovation sociétale d’un nouveau genre, décryptée par Alice Barbe, sa directrice.

Comment résumes-tu Singa en une phrase ?

Nous sommes des fournisseurs d’interactions sociales dans l’altérité !

Comment Singa se différencie des ONG spécialisées dans l’accueil des réfugiés ?

Notre travail est complémentaire. Car une chose est d’apprendre le français, une autre est de le pratiquer ! Nous aidons les réfugiés à se construire un capital social pour trouver un logement et un job. L’idée, c’est de sortir de la logique de l’intégration et privilégier celle de l’inclusion, c’est-à-dire valoriser ce qu’ils sont et ce qu’ils nous apportent. Et si rien ne correspond à leurs compétences sur le marché de l’emploi, nous leur proposons l’entrepreneuriat. Le taux de réussite des réfugiés entrepreneurs que nous aidons est élevé : en six mois, 40 ont dégagé des revenus, 35 arrivent à se rémunérer. Quelqu’un qui a fui la persécution dans son pays peut faire preuve d’une résilience hors du commun.

Comment procédez-vous ?

Nous avons développé un algorithme de mise en relation autour des passions communes, la gastronomie, le sport, la culture, le yoga… Grâce à lui plus de 1000 événements par an sont organisés en France, du match de foot à la visite de musée en passant par les apéros et les dîners. Nous avons aussi développé en Creative Commons plus de 90 outils web de mobilisation sociétale. Nous les prototypons, nous les modélisons et d’autres se les approprient. L’équation est simple : 12 % des réfugiés ont des liens avec les Français. En face, 30 millions de Français ont envie de faire plus pour les accueillir. C’est un gros marché.

Vous travaillez avec The Human Safety Net, le programme de Generali d’aide aux réfugiés. Comment se déroule cette collaboration ?

Il se trouve que nos ambitions coïncident bien avec le cahier des charges élaboré par THSN pour développer l’entrepreneuriat des réfugiés. Ensemble nous avons mis au point un parcours utilisateur basé sur les besoins des réfugiés qui ont un projet, avec toute une panoplie d’outils de créativité, de design thinking et d’intelligence collective. Au bout de ce parcours, ils bénéficient d’une incubation de six mois à Kiwanda, notre espace de coworking, et au BeeoTop. Generali nous donne aussi accès à ses collaborateurs, les « buddies », qui voudraient s’engager comme mentor ou coach pour créer des binômes avec les réfugiés en fonction de leurs affinités.

Le Parlement discute actuellement la loi Asile et immigration. Selon toi, que devrait contenir cette loi ?

Nous avons été audités par Aurélien Taché, l’auteur du rapport parlementaire sur l’intégration des étrangers. Il a repris plusieurs de nos recommandations, comme la défiscalisation de l’accueil chez l’habitant à hauteur de 5 euros par nuit ou l’investissement de l’État dans l’entrepreneuriat des réfugiés. Ceci dit, le Parlement vote des lois depuis 30 ans sans consulter les publics concernés, c’est-à-dire les ONG et les réfugiés. Ça serait bien d’arrêter de penser en mode sécuritaire et plus en mode utilisateur ! À l’ère de l’intelligence artificielle, les politiques publiques devraient être conçues de manière plus collaborative. Surtout que la population française est assez claire sur la question de l’accueil, comme le montre l’étude de More in Common, sortie en juillet dernier : 30 % des personnes interrogées sont ouvertes à l’accueil, 53 % ne sont ni pour ni contre, et une minorité, 17 % seulement, s’affirme nationaliste identitaire.

Et demain, à quoi ressemblera Singa ?

Nous aurons 400 000 membres en Europe, dont 25 000 réfugiés ! Nous comptabiliserons 5000 accueils chez l’habitant. On pourrait aussi imaginer une cryptomonnaie qui rendrait plus riches les personnes ayant le plus d’impact social. Ou bien un fonds d’investissement dédié aux projets des réfugiés, pour encourager une véritable économie de l’accueil. Pourquoi n’y a-t-il pas un Xavier Niel de l’accueil ? Repensons de fond en comble notre manière d’accueillir les réfugiés, car demain, ils seront de plus en plus nombreux.

 

Portraits d’entrepreneurs réfugiés accompagnés par THSN et Singa France :
Avec Lucie Umukundwa, l’art d’Afrique de l’Est débarque au BeeoTop
Leen Almasri, entrepreneuse réfugiée, veut organiser des visites virtuelles

D’autres projets d’entrepreneuriat aidés par Singa France :
La plateforme CALM, « Comme à la maison », propose temporairement des chambres à des réfugiés.
Meet my Mama est un traiteur qui a recruté en un an quarante migrantes exclues de l’emploi.
Caracol repère les bâtiments inutilisés pour les transformer en lieux de vie pour réfugiés et étudiants.

Trait d’union, le média de Singa France.

Les Français et leurs perceptions de l’immigration, des réfugiés et de l’identité, étude de l’Ifop pour More in Common, juillet 2017.