L’humanitaire, c’est un engagement de tous les jours

Portrait de Catherine Keromnes (ASI)

« Devenir inutile » ? Qui voudrait ne servir à rien, à notre époque saturée d’efficacité et de court-termisme ? Et pourtant, Action de Solidarité Internationale (ASI), une ONG de développement qui existe depuis plus de 30 ans, en a fait sa devise. Sa mission : soutenir sur le long terme des initiatives locales de sensibilisation, de prévention et d’accompagnement médico-social, qui ciblent les jeunes filles et les femmes en Afrique subsaharienne en priorité. En 2014, elle a reçu le prix Coup de Cœur de la Fondation Raja Women’s Awards. Catherine Keromnès, sa déléguée générale, décrypte le contenu et les évolutions des métiers de l’humanitaire.

Expliquez-nous en quoi consiste un programme d’ASI.

L’un de nos programmes phares porte sur la prise en charge de jeunes filles âgées de 14 à 21 ans, en situation de prostitution à Brazzaville et à Pointe Noire, en République du Congo. Environ 250 filles fréquentent nos centres par an, 75% d’entre elles ont déjà 1 ou 2 enfants. Elles ont du talent, elles sont capables d’apprendre, mais faute de milieu social favorable, elles n’ont jamais eu accès à l’éducation, et elles se retrouvent marginalisées, exploitées et subissent des violences physiques et psychologiques dans un contexte d’impunité quasi-totale. Sans ressources pour couvrir leurs besoins de base, elles étaient dans l’obligation de se prostituer pour survivre. L’approche pluridisciplinaire développée par ASI (médicales, psycho-social, éducative et économique) a permis la prise en charge de centaines de jeunes filles dans ses centres d’accueil et d’hébergement.

Comment se passent les rapports avec l’équipe sur place ?

La principale difficulté, ce sont les 8000 kms qui nous séparent ! Ma capacité d’écoute et d’adaptation est mise à rude épreuve ! Sur le terrain, notre équipe se heurte à une réalité sociale extrêmement compliquée. Nous nous attachons à ce que les décisions prises soient les résultats d’une réflexion commune entre le siège et le terrain, avec mes contraintes financières et leur nécessité d’intervenir face à des situations intolérables.  La réussite de nos projets tient très clairement au travail remarquable conduit par les équipes entièrement composées de personnels locaux, engagés, qualifiés et expérimentés, et c’est un bonheur de tous les jours de s’appuyer et compter sur eux !

Comment les métiers de l’humanitaire ont-ils évolué ?

Je suis engagée dans l’humanitaire depuis plus de 18 ans, dont 10 années de terrain en Afrique, mais je n’ai jamais considéré que c’était un travail ! Quand j’ai commencé, c’était beaucoup moins professionnel, on avait l’impression qu’il suffisait d’avoir envie de bien faire pour mener des actions et monter des projets. Depuis la situation a beaucoup changé, les compétences techniques requises doivent être solides et il faut avoir de l’expérience pour garantir la réussite des projets. La seule bonne volonté et l’indignation ne répondent plus aux exigences des communautés et partenaires locaux, tant techniques que financiers. Le métier s’est enfin professionnalisé ! Loin d’être un métier « spectaculaire », c’est un métier fait d’actions au jour le jour, de rencontres, de discussions et de soutien aux initiatives de ceux et celles qui veulent prendre en main leur avenir.

Justement, quelle part de votre temps consacrez-vous à la recherche de fonds ?

J’y passe environ 50%, auprès de bailleurs institutionnels, de fondations d’entreprises, d’entreprises et de donateurs privés, dont certains nous sont fidèles depuis de nombreuses années. Mais lever des fonds est devenu très difficile. Il y a 8 ans, il n’était pas rare de s’engager avec des partenaires financiers sur 3 ans, avec reconduction de sommes importantes. Depuis, les montants et la durée ont diminué, ce qui aurait pu pénaliser les petites structures comme ASI en terme de pérennisation de nos actions. Mais je consacre plus de temps à la recherche de fonds et notre stratégie repose sur une plus grande diversification et multiplication des ressources de financement. C’est pourquoi nous lançons à la fin du mois notre première campagne de crowdfunding.

A suivre, fin octobre, ASI lance une campagne de crowdfunding

Les fonds iront soutenir un des volets de la prise en charge des jeunes filles et l’insertion professionnelle de jeunes filles en situation de prostitution.

Texte : Pascal de Rauglaudre / Catherine Keromnès

Pour aller plus loin
Le site d’Actions de Solidarité Internationale
Le site Facebook d’ASI