Mode éthique : pourquoi la loi sur le devoir de vigilance ne suffit pas

Les entreprises du textile et de la mode éthique doivent mieux connaître leur chaîne d'approvisionnement (supply chain)

« Le fonctionnement de l’industrie textile est médiéval », s’indignait récemment Stella McCartney, dans une interview donnée à la BBC.

De fait, l’industrie de la mode n’est pas mature, elle manque d’une démarche industrielle intégrée. Un paradoxe qui a de lourdes conséquences environnementales (consommation excessive d’eau et de produits chimiques) et humaines (drame du Rana Plaza en 2013). Payer 10 euros pour un jean n’est pas normal : le coût réel est répercuté sur des travailleurs et sur l’environnement, dans un pays lointain.

En 2017, l’Assemblée nationale a adopté une loi sur le devoir de vigilance qui oblige les donneurs d’ordre, marques ou distributeurs, à prévenir les risques associés à leurs activités. Elle étend leur responsabilité aux opérations de leurs filiales et de leurs partenaires commerciaux, sous-traitants et fournisseurs.

Corriger les déséquilibres du secteur de la mode

Cette loi est une révolution. Elle vient corriger les déséquilibres de l’économie mondiale du textile telle qu’elle est organisée aujourd’hui. Si elle avait été votée plus tôt, elle aurait pu prévenir la tragédie du Rana Plaza. Il était donc temps que la responsabilité des marques soit engagée concrètement.

Mais son application n’est pas simple car la chaîne d’approvisionnement du textile se caractérise par son incroyable complexité. Entre les producteurs de matières premières et les usines de traitement chimique des fibres et de filature, le nombre d’acteurs est très éclaté.

Cette complexité, les consommateurs ont bien du mal à se la représenter. Ils ne sont pas les seuls : les enseignes elles-mêmes n’ont qu’une vague idée des conditions de production de leurs vêtements. Or avant qu’elles puissent se déclarer vraiment transparentes, elles doivent d’abord mieux connaître leur chaîne d’approvisionnement (supply chain).

Chez AQM, nous aidons nos clients à mieux connaître leur supply chain. Nous travaillons notamment avec des membres d’Initiative Clause Sociale, une alliance de distributeurs français, et certaines marques du groupe Inditex (Zara).

Connaître sa supply chain a une valeur

Grâce aux audits que nous menons sur le terrain, nous leur donnons des éléments de valorisation et de visibilité. Par exemple l’amélioration progressive des conditions de travail dans une usine. Ces éléments représentent une valeur en eux-mêmes qui peut ensuite être répercutée sur les produits et sur la communication.

La preuve par l’exemple avec H&M. Depuis plusieurs années, le géant suédois du textile a acquis une très bonne visibilité de sa supply chain, bien meilleure que celle de nombre de ses concurrents. Du coup, il peut négocier les conditions de travail directement avec les syndicats et les patrons des usines.

En se montrant attentif aux performances sociales des usines où sont fabriqués ses produits, H&M a mis en place une démarche d’achat responsable. Plus une usine est performante dans le domaine social et environnemental, plus ses acheteurs sont incités à lui passer des commandes.

Nous sommes convaincus qu’à moyen terme, les entreprises incapables d’afficher un bilan social et environnemental satisfaisant échoueront. Il deviendra impossible de lancer un business s’il n’a pas un impact positif sur les conditions de travail et l’environnement.

 

Pour en savoir plus : le site d’AQM.
Le manifeste de la Fashion Revolution.