Programme PAUSE : déjà 137 scientifiques en exil accueillis par la France

Le programme PAUSE est destiné à accueillir les scientifiques menacés dans leur propre pays et à faciliter leur intégration en France. Bilan d'étape.

En 2015, deux archéologues sont assassinés sur le site de Palmyre en Syrie. Un événement brutal qui a poussé la France à mettre en place un dispositif d’aide aux scientifiques menacés dans leur pays, le programme PAUSE (Programme national d’aide à l’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil). Ce programme s’inscrit dans une longue tradition d’accueil de scientifiques par la France, d’abord les intellectuels fuyant le fascisme dans l’entre-deux-guerres, puis une autre vague en provenance d’Union soviétique et d’Amérique latine dans les années 70.

Lundi 15 octobre, une journée de retours d’expérience et d’échanges de bonnes pratiques était organisée avec les partenaires du programme, dont The Human Safety Net, représenté par Frédérique Malefant. Laura Lohéac, Directrice exécutive du programme, dresse un bilan d’étape de ce programme.

 

Qui sont les personnes visées par ce programme ?

Laura Lohéac – Les candidats ne sont pas forcément des réfugiés au sens juridique du terme, c’est-à-dire des personnes sous protection internationale. Certains sont demandeurs d’asile, mais plus largement ils doivent justifier une situation de danger, à cause de la guerre ou de la politique intérieure de leur pays. Ils peuvent bénéficier de passeports talents-chercheurs, ou de titres de séjour longue durée, octroyés à des chercheurs et à leur famille. Le programme leur permet de rester sur le territoire français en toute sécurité.

Comment ça marche ?

L’idée du programme consiste à inciter les universités, centres de recherche et grandes écoles à accueillir des chercheurs en cofinançant cet accueil à hauteur de 60 %. Nous lançons un appel à candidature, les établissements soumettent des dossiers, un comité évalue la situation de menace et la qualité scientifique des candidats. Ce double critère détermine le financement, qui est validé par le conseil de direction du programme. La mobilisation est réelle, puisque plus de 60 établissements y participent, dont la moitié en province. C’est un beau résultat !

Combien de chercheurs avez-vous accueillis ?

À ce jour, 137 chercheurs ont été soutenus par le programme, et 29 d’entre eux ont été renouvelés. Paramètre intéressant : les femmes sont aussi nombreuses que les hommes. Leur provenance est liée à l’actualité géopolitique. 30 % proviennent de Syrie et 60 % des pays voisins, Irak, Afghanistan, Russie, Turquie, qui entretiennent un climat de méfiance à l’égard des intellectuels. D’autres viennent du Venezuela, du Yémen, du Burundi, du Pakistan… Deux tiers sont spécialisés en sciences humaines, sciences politiques, sociologie, philosophie, des disciplines qui apprennent l’esprit critique et attirent donc la suspicion des gouvernements. Nous comptons des chercheurs confirmés, des professeurs des universités, mais aussi un tiers de doctorants pour les aider à se construire dans le long terme.

Que deviennent-ils quand le programme s’achève ?

L’insertion professionnelle dans la durée est une nouvelle mission que nous sommes en train de développer, grâce à des financements européens. Nous allons donc pouvoir préparer la sortie du programme et favoriser l’insertion professionnelle des chercheurs dans le secteur public ou privé, avec des ateliers pour comprendre le marché du travail, savoir faire un CV et une lettre de motivation. Nous pouvons même les aider à se lancer dans l’entrepreneuriat, d’où l’idée d’un partenariat avec Singa et The Human Safety Net.

 

Tous les détails sur le site du Programme PAUSE. Suivez son activité sur Twitter.